22/03/2009

Moraliser le capitalisme ?

 

Notre agglomération transfrontalière est particulièrement concernée par la campagne médiatique orchestrée sur la volonté affichée des grandes puissances occidentales de résoudre la crise du capitalisme en le moralisant.

            En cause bien sûr le secret bancaire pratiqué par la Suisse. Mais la conscience citoyenne est interpellée par d’autres « spécialités » de la place financière genevoise : doivent également être mis en cause le marché des produits agricoles où s’organisent les spéculations qui amplifient la crise alimentaire mondiale avec ses conséquences terribles dans les pays du Sud ou les activités traitant des ventes d’armes .ou bien encore le centre d’ affaires pétrolières qui en Afrique et en Asie particulièrement constituent un détournement de richesses pour les populations réduites à un état de grande pauvreté.

            Dans ce cadre là, que veut dire « moraliser le capitalisme » ?

            Cette locution est un paradoxe : le capitalisme, système de production, est un outil servant à l’échange d’argent contre des valeurs économiques. .Moraliser un outil n’a pas de sens, c’est son usage qu’il faut moraliser. Prenons l’exemple du couteau : son usage courant comme ustensile ménager est unanimement apprécié dans la vie quotidienne (moyennant des précautions élémentaires). Dès lors que son usage est détourné  pour en faire une arme portant atteinte à autrui, il relève de l’interdiction et de la condamnation

            Il en est de même du capitalisme : son usage  est condamnable et doit être interdit dès lors qu’il est détourné d’un usage « convivial », que la logique de profits est antagonique au bien commun,  lorsqu’elle est antagonique à la qualité de la vie, lorsqu’elle fait obstacle au respect des droits humains fondamentaux, ou qu’elle détruit  l’harmonie de la nature (ce qui caractérise la mondialisation libérale).

            Alors, parlons plutôt de moraliser l’économie, moraliser le développement

            Lorsqu’il  affirme vouloir moraliser le capitalisme, Sarkozy ne vise pas au partage des richesses, au  combat contre  la pauvreté ou à la lutte contre l’effet de serre. Il dénonce  une concurrence qu’il estime déloyale ou des pratiques nuisibles aux profits de l’ensemble de la classe capitaliste et dont les « excès » ruinent les Etats et précarisent leurs dirigeants. Il continue de penser que l’humanité doit  s’adapter au capitalisme, non l’inverse.

            Si l’on parlait du développement durable ?

            Il est curieusement absent des discours politiques. Pourtant ce concept dont la Conférence de RIO en 1992 a établi le socle repose sur un principe éthique : « Responsabilité, solidarité, précaution » Il a pour vocation d’encadrer l’économie de telle sorte qu’elle devienne compatible avec le bien être social et l’exigence écologique. Mais  dans la mesure où il constitue  une alternative à la mondialisation  libérale, ce qui exige l’abandon des  principes sur lesquels repose  le consensus de la clase politique  occidentale,  le développement durable  ne représente pas une référence pour les gouvernants  qui préfèrent en détourner l’usage en édulcorant son contenu

 

            Ce blog est dédié aux échanges transfrontaliers. La réflexion que porte cette contribution s’applique au Projet d’agglomération franco-valdo-genevoise : un Projet de développement qui ignore la crise sociale et l’effet de serre est-il un projet moral ? Nous y reviendrons prochainement