25.02.2011

Pour un moratoire sur l'expansion genevoise

De Jean-Louis Bailly, militant associatif, suite à la Tribune libre rédigée par Antoine Vielliard, conseiller municipal de a minorité à Saint-Julien-en-Genevois, parue dans Le Faucigny du «3 février 2011

 

DSCF0673.jpgAntoine Vielliard est un des rares élus de notre département à avoir une conception déontologique de l'exercice de ses fonctions en communiquant avec la population pour rendre compte de ses prises de position et fournir des dossiers de façon

à aider l'électeur à comprendre les enjeux qui déterminent son cadre de vie

 

 

J'ai apprécié sa Tribune libre passée dans le Faucigny du 27 janvier sur la pression foncière genevoise, elle étaye les préoccupations de la société civile vis-à-vis de l'expansion économique de Genève avec ses effets négatifs sur la population de la Haute-Savoie (et celle de l'Ain).

Cependant je suis sceptique sur ses propositions qui imposent un pré requis à la poursuite de la coopération avec Genève et rejoignent celles des responsables de l'ARC, lesquels mettent 3 conditions à l'entrée en matière dans l'élaboration d'une deuxième phase

du projet d'agglomération transfrontalière : le respect des engagements en matière de construction de logements, le versement d'une subvention spécifique et la relance de la politique des services.

Ces conditions sont illusoires et le haussement de ton des élus français représente un coup d'épée dans l'eau. Le déséquilibre entre les 2 côtés de la frontière est l'effet pervers d'une logique d'inspiration libérale de développement basée sur une croissance économique qui implique une croissance démographique en grande partie fournie par l'appel à une main-d'œuvre extérieure au territoire.

Cette logique ne pouvait que favoriser le canton de Genève avec l'attraction que représentent sa politique fiscale et la pratique du secret bancaire. C'est ainsi que Genève continue de créer des emplois alors que la Haute-Savoie en a perdu 10.000 dont 6.000 en zone frontalière.

Aujourd'hui la population de notre département paie au prix fort cette course aux profits : la détérioration du cadre de vie, les problèmes de logement, les encombrements, la pollution, la pauvreté et l'exclusion qui s'étendent...

 

Le projet d'agglomération transfrontalière est à la dérive.

 

C'est un projet de développement durable qu'il faut mettre en place pour apporter les correctifs qui rendent l'économie compatible avec le progrès social et la préservation de l'environnement. C'est sur un projet économique adapté au savoir-faire local, créant des emplois de proximité avec les logements et répondant à la résorption du chômage qu'il est nécessaire de s'orienter. La recherche d'activités répondant aux enjeux écologiques (les énergies renouvelables, la souveraineté alimentaire...) conviennent à cet objectif.

Pour cela, il est nécessaire de décider conjointement d'un moratoire sur l'expansion économique genevoise : le temps suffisant pour mettre en place ce nouveau chantier qui nécessite un changement culturel profond des élus et la prise en compte des éclairages nouveaux que peut apporter la société civile. Ce sont les conditions pour que le développement retrouve sa vocation : servir au bien-être de la population.

Il est temps également qu'une réflexion se fasse au niveau des élus communaux sur les enjeux du travail frontalier : le déséquilibre signalé par Antoine Vielliard entre les avantages tirés par la partie française et ceux qui reviennent à Genève et son rôle de variable d'ajustement pour l'emploi à Genève (pendant la crise, 6.000 frontaliers licenciés et dont on a pris en charge le chômage).

 

(PI) Jean Louis bailly  au centre est décédé accidentellement  quelques jours après cette tribune libre

21.10.2010

Nous vivons à une ère de rapines (Albert EINSTEIN, 1949)

"Quand Genève loge des racailles"

Dimanche dernier (17 octobre 2010), la TSR nous a offerts une soirée d’exception dans le cadre de sa mission la plus noble, celle de nourrir l’intelligence et le cœur

            Il s’agissait de la diffusion de 2 documentaires. L’un traitait de Dette des pays du Sud Jean ZIEGLER y faisait entendre la voix d’une Suisse solidaire et humaniste. L’autre documentaire traitait, dans un contexte de crise aigue du logement à Genève, de l’existence d’un marché lucratif de l’immobilier à des prix exorbitants, un marché réservé à des oligarques et à des potentats qui tirent leurs privilèges d’une corruption à grande échelle. Mr Müller, Conseiller d’Etat libéral, convié à donner son sentiment sur cette situation estimait que finalement ces immigrés étaient les bienvenus dans la mesure où ils contribuaient aux impôts perçus par les communes d’accueil et qu’ils faisaient bénéficier le Canton de placements financiers

Mr Müller est l’un des principaux protagonistes du Projet de Métropole transfrontalière. Vu d’en face, de l’autre côté de la frontière, on ne peut qu’être inquiet vis-à-vis de la logique que porte ce discours transposée à ce Projet. D’autant que dans les faits, la promesse d’un rattrapage dans la construction de logements dans la partie genevoise est loin d’être respectée et que l’annonce de création d’emplois ne s’accompagne pas d’un accompagnement à la hauteur des besoins pour rapprocher le lieu de travail du lieu de résidence

Une des conséquences de cette logique est de déposséder les habitants de la maîtrise de leur territoire. En Haute-Savoie, 2 nouveaux arrivants sur 3 sont suisses, ce qui aggrave forcément les difficultés des haut-savoyards pour se loger face à la pénurie et au coût.

Certes, nous pouvons « cohabiter » dans la mesure où cette installation se fait en prenant en mettant en place toutes les mesures compensatoires nécessaires, que la croissance démographique soit maîtrisée pour que les habitants actuels ne soient pas lésés, que leurs conditions de vie ne s’aggravent pas et que l’avenir des futures générations soit garanti

Il faudrait pour cela que le Projet d’agglomération s’oriente sur une tout autre base, en premier lieu en associant les populations, que l’on reconnaisse les compétences de la société civile et que l’on parle de cohésion sociale, d’empreinte écologique, de solidarité et d’équité entre les 2 côtés de la frontière

 

NB : EINSTEIN n’était pas qu’un savant avec une vie uniquement consacrée à la recherche, il était aussi musicien et se préoccupait de la société et de son développement. C’est en référence au capitalisme qu’il estimait que nous vivons une ère de rapines

 

Jean-Louis BAILLY, Haute-Savoie

20 octobre 2010

08.06.2010

Une confusion

A propos du Forum social départemental  74  qui vient de se tenir le 5 et le 6 juin  2010:

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22.03.2009

Moraliser le capitalisme ?

 

Notre agglomération transfrontalière est particulièrement concernée par la campagne médiatique orchestrée sur la volonté affichée des grandes puissances occidentales de résoudre la crise du capitalisme en le moralisant.

            En cause bien sûr le secret bancaire pratiqué par la Suisse. Mais la conscience citoyenne est interpellée par d’autres « spécialités » de la place financière genevoise : doivent également être mis en cause le marché des produits agricoles où s’organisent les spéculations qui amplifient la crise alimentaire mondiale avec ses conséquences terribles dans les pays du Sud ou les activités traitant des ventes d’armes .ou bien encore le centre d’ affaires pétrolières qui en Afrique et en Asie particulièrement constituent un détournement de richesses pour les populations réduites à un état de grande pauvreté.

            Dans ce cadre là, que veut dire « moraliser le capitalisme » ?

            Cette locution est un paradoxe : le capitalisme, système de production, est un outil servant à l’échange d’argent contre des valeurs économiques. .Moraliser un outil n’a pas de sens, c’est son usage qu’il faut moraliser. Prenons l’exemple du couteau : son usage courant comme ustensile ménager est unanimement apprécié dans la vie quotidienne (moyennant des précautions élémentaires). Dès lors que son usage est détourné  pour en faire une arme portant atteinte à autrui, il relève de l’interdiction et de la condamnation

            Il en est de même du capitalisme : son usage  est condamnable et doit être interdit dès lors qu’il est détourné d’un usage « convivial », que la logique de profits est antagonique au bien commun,  lorsqu’elle est antagonique à la qualité de la vie, lorsqu’elle fait obstacle au respect des droits humains fondamentaux, ou qu’elle détruit  l’harmonie de la nature (ce qui caractérise la mondialisation libérale).

            Alors, parlons plutôt de moraliser l’économie, moraliser le développement

            Lorsqu’il  affirme vouloir moraliser le capitalisme, Sarkozy ne vise pas au partage des richesses, au  combat contre  la pauvreté ou à la lutte contre l’effet de serre. Il dénonce  une concurrence qu’il estime déloyale ou des pratiques nuisibles aux profits de l’ensemble de la classe capitaliste et dont les « excès » ruinent les Etats et précarisent leurs dirigeants. Il continue de penser que l’humanité doit  s’adapter au capitalisme, non l’inverse.

            Si l’on parlait du développement durable ?

            Il est curieusement absent des discours politiques. Pourtant ce concept dont la Conférence de RIO en 1992 a établi le socle repose sur un principe éthique : « Responsabilité, solidarité, précaution » Il a pour vocation d’encadrer l’économie de telle sorte qu’elle devienne compatible avec le bien être social et l’exigence écologique. Mais  dans la mesure où il constitue  une alternative à la mondialisation  libérale, ce qui exige l’abandon des  principes sur lesquels repose  le consensus de la clase politique  occidentale,  le développement durable  ne représente pas une référence pour les gouvernants  qui préfèrent en détourner l’usage en édulcorant son contenu

 

            Ce blog est dédié aux échanges transfrontaliers. La réflexion que porte cette contribution s’applique au Projet d’agglomération franco-valdo-genevoise : un Projet de développement qui ignore la crise sociale et l’effet de serre est-il un projet moral ? Nous y reviendrons prochainement

11.02.2009

Le oui aux bilatérales

 

En assurant le net succès du camp du « oui », les citoyens suisses ont réaffirmé leur attachement  à l’Europe  en   relativisant  une culture helvète de neutralité depuis longtemps artificielle.

 Il est vrai que ces accords apportent un bonus indéniable à leur économie tout en  permettant à leur pays de conserver un certain nombre de  particularismes en particulier bancaires et fiscaux Du côté des salariés les mesures d’accompagnement devraient continuer à offrir une garantie sur l’application des Conventions collectives et contre le dumping social  Quant aux travailleurs frontaliers qui  contribuent à la croissance de l’économie, la libre circulation avec le maintien de leur statut leur apporte une protection quant à la sécurité de leur emploi tandis que le droit de résidence des suisses en France soulage la crise du logement côté Genève

En ce qui concerne les relations entre Genève  et sa couronne française, le principe du projet transfrontalier de métropole (le projet d’agglomération franco-valdo-genevoise) se trouve naturellement légitimé .Les responsables politiques ne manqueront pas par glissement sémantique de vouloir en tirer une légitimité à laquelle  leur méthode d’élaboration sans consultation de la population et leur pari économique irréaliste  de croissance continue ne leur permet pas de prétendre.  Le projet ne trouvera sa légitimité que  s’il répond aux attentes des habitants  des 2 côtés de la frontière  pour un mieux vivre ensemble et s’il se construit avec eux.

Il est temps d’engager un grand débat afin de percer la bulle qui enferme ce Projet pour l’ouvrir aux problématiques que nous renvoient  les bouleversements climatiques, les atteintes à l’intégrité de notre Planète et les crises économiques et financières mondiales avec leurs conséquences sociales 

Si la  votation suisse du 8 février est bien le signe d’un rejet majoritaire de la xénophobie, s’il représente  une étape vers l’ouverture au-delà des frontières, il reste à en préserver le sens sur notre territoire commun en trouvant  des solutions solidaires  qui s’appuient  sur  d’autres valeurs que la course aux profits