12/05/2009

Face à la crise, moralisons le développement

L'expert économique Claude Barbier a rappelé récemment dans ces colonnes que ce projet n'est pas une histoire idyllique comme voudraient le faire croire ses responsables. Les effets de la crise mondiale qui touchent notre territoire doivent inciter l'ensemble des acteurs à « remettre les pieds sur terre ».

Les pertes colossales de l'UBS sont symboliques de la crise en Suisse. Côté Haute-Savoie, le taux de chômage a augmenté de plus de 30. Pourtant, les responsables du projet estiment que notre région résiste bien, grâce à ses atouts (que le projet renforce) et continuent à s'en tenir au parti pris d'une logique de croissance continue jusqu'en 2030.

Il serait temps qu'une pause soit observée et que s'engage une réflexion sur le choix d'une logique qui se révèle à tous égards inadéquate : outre son irréalisme, elle rend secondaire la priorité d'un programme social et bloque la perspective d'une réduction de la consommation d'énergie. Faisons le point.

On évoque beaucoup la nécessité de moraliser le capitalisme. Les participants au G 20 ont jeté l'opprobre sur les paradis fiscaux et le secret bancaire de nos voisins suisses a été montré du doigt, mais ils se sont épargnés eux-mêmes. Les responsables des banques et grandes entreprises en faillite, secourues par les États, se sont fait sermonner pour les avantages scandaleux qu'ils s'étaient octroyés mais les capitalistes dans leur ensemble peuvent dormir sur leurs deux oreilles : leurs profits ne seront pas mis en en cause.

 

 

File0002.jpg

 

Par Jean Louis Bailly,

Militant associatif, membre du collectif Sauvons la Planète, et de la société civile « les3SCF » au sujet du projet d’agglomération Franco-Valdo-Genevois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n'est pas question non plus d'interdire la spéculation sur les denrées alimentaires qui affament les populations du tiers-monde.

Parlons plutôt de moraliser le développement. Cela veut dire : changer le logiciel qui donne la primeur à la course au profit et mettre en avant les problématiques sociales et écologiques.

Certes, les responsables du projet d'agglomération franco-valdo-genevoise n'ont pas été oublieux de ces préoccupations. 11 y a de nombreuses mesures qui vont dans le bon sens mais elles consistent pour la plupart en des rattrapages de politiques déficientes depuis plusieurs décennies (transports, logements, aménagement, relations de voisinage...) et ne sont pas aptes à répondre à la croissance démographique envisagée (30  d'ici 2030).

On nous promet 100.000 emplois supplémentaires dont une partie importante sera réservée à de nouveaux arrivants. Contentons-nous de garantir l'emploi pour tous les habitants actuels de l'agglo. Quid des secteurs en crise ? Quid des difficultés des PME ? Une nouvelle prospective ouverte sur les emplois liés à l'écologie s'impose.

Trop de problèmes n'ont pas été posés, trop de questions ont été écartées. Donnons la parole aux laissés-pour-compte de cette croissance, à ceux qui souffrent du coût de la vie, du chômage, de la précarité….établissons un état des lieux. Ecoutons aussi les cris d'alarme de la communauté scientifique sur l'effet de serre et les prévisionnistes qui nous disent que le développement mondialisé que nous connaissons n'est plus possible avec l'épuisement des ressources naturelles.

Mettons tout sur la table : les particularismes locaux avec la prédominance de Genève et ses conceptions sur le rôle de la couronne française, la dépendance économique de la Haute-Savoie, le travail frontalier, les fiscalités différentes...

 

 

Peut-être faudrait-il aussi que les promoteurs de la coopération transfrontalière retrouvent leurs préoccupations premières. Robert Borrel, alors maire d'Annemasse, dénonçait une société à deux vitesses, son successeur Christian Dupessey annonçait, quant à lui, un projet de cohésion sociale. Bernard Gaud de son côté s'était prononcé pour un projet de développement durable.

 File0003.jpg

Quant au conseiller d'État genevois, Robert Cramer, il a été rapporteur de l'intéressant plan cantonal de l'énergie. Qu'il propose, par exemple, la démarche « société 2.000 watts». La région et le département, partie prenante du projet, ont pour leur part élaboré un plan climat. Que l'on mette tous les savoir-faire en commun pour une démarche sous les auspices du protocole de Kyoto qui concentrerait l'ensemble des thématiques environnementales : économies d'énergies, énergies renouvelables, santé environnementale (pollution, cadre de vie), souveraineté et sécurité alimentaire, déchets... afin de mettre en place des indicateurs (empreinte écologique, bilan carbone, indicateurs de développement humain) et de sensibiliser la population (et les élus) à l'effet de serre avec le relais des constats de la communauté scientifique sur ses menaces.

La société civile doit faire appel dans cette perspective à toutes ses compétences. Je pense utile à ce sujet d'interpeller le mouvement altermondialiste qui s'est mobilisé il y a un an dans le cadre du forum social départemental sur les thèmes de la décroissance et de la résistance (au libéralisme) : qu'il passe du domaine du débat et du tout contestataire à celui de l'engagement de terrain (on peut d'ailleurs s'interroger à propos des organisateurs du FSD qui se sont investis dans l'action municipale et qui cautionnent le projet d'agglo tel qu'il est aujourd'hui)

 

Alors, tous ensemble pour un projet solidaire, du local au global, et avec les futures générations, pour une démarche éthique, celle du développement durable ?

 

 

Les commentaires sont fermés.